HISTORIQUE DE LA FORÊT DE LE CLERJUS

 

Il y a 15 siècles, l’immense « SYLVA VOSAGUS » recouvrait toute la région. Les noms de village en témoignent encore «La Chapelle-aux-Bois, La Forêt… »

Cette forêt jouait alors un rôle sacré, une barrière entre les tribus de l Gaule Belgique et celles de la Gaule Celtique (Leuques et Séquanes). Elle était «  Res Nullius » c'est-à-dire qu’elle formait un bien sans maître dont les produits se généraient sans intervention du travail humain, dont chacun usait librement et que nul ne cherchait à revendiquer.

 

DES ORIGINES AU DEBUT DU XVIIème SIECLE

La romanisation à lissée des traces à proximité de la voie romaine de Langres à Strasbourg. En effet, les romains introduisirent l’organisation de la propriété foncière : tout le territoire fut partagé en domaines (les « villas » entourées de la « manse seigneuriale ») dont l propriété appartenait à un noble Gaulois.

Des agriculteurs ouvrirent des clairières créant ainsi les premiers défrichements permettant de traverser le massif. C’est à ces endroits que se développèrent des hameaux qui aujourd’hui encore ceinturés dans les forêts sont disséminés dans les paysages.

En effet, l’unité de gestion constituée par les « villas » fut très solidement structurée : là où elle avait été assise, elle a survécu pendant de longs siècles, souvent jusqu’à nos jours, et a constitué, jusque dans ses limites, le plus grand nombre de nos villages.

Dés le début de l’époque gallo-romaine, on voit apparaître pour les « vilains », habitants des « villas », de véritables droits d’usages exercés sans doute à titre onéreux sur le domaine du seigneur ou de l’empire.

Les grandes invasions barbares, puis la prise de pouvoir par les rois Francs ne changent pratiquement rien quant à ces régimes d’usages au « parcours et au bois » des communautés.

 

A cette période, l’évangélisation des campagnes commence et se développe rapidement : de très nombreux monastères s’installent et se taillent, généralement par donation, un domaine forestier considérable qui, toujours selon la loi romaine, reste la propriété du seigneur-abbé. Localement : Abbayes de Remiremont et Dommartin-aux-Bois. A l’arrivée de Capésiens, la mise en place du monarchisme dans la Vôge-haut bassin de la Saône naissante et de son affluant le Coney- conduira peu à peu à la reconnaissance de ces droits de jouissance strictement réglementés, dans les seules parties du domaine du seigneur qui leur sont réservées : les « forêts communes » ou plus simplement « les communes ».

Progressivement, au cours des divers règnes, des troubles et guerres civiles, à partir de l’acquisition de cette propriété collective, les communautés de serfs, de paysans ou d’hommes libres (les vici) vont acquérir une personnalité et s’organiser en paroisses malgré la pression des seigneurs et rois qui vont appliquer à s’emparer des droits de jouissance. Les ventes illégales de terres ou de droits, les lois, édits ou autres ordonnances, les procès dans un sens ou l’autre vont se succéder au cours des siècles pour en arriver à des cahiers des états généraux remplis de doléances dont l’usurpation des biens communaux vitaux depuis le début à la survie des populations présentes.

Ce n’est qu’en 1791, que la convention décide la mise à l’étude d’une loi forestière.     

 

DANS LA VOGE, DU XV AU XVIIIème SIECLE

C’est à l fin du XIVème qu’apparaissent les plus grands bouleversements qui marquèrent irrémédiablement le paysage forestier local. Ils se sont particulièrement exprimés par l’importance patrimoniale des massifs forestiers :

                -des acensements (jouissances – concessions) sont accordés pour la création de granges ou exploitations agricoles en forêt (nouveaux défrichements).

                -des acensements industriels sont également accordés pour l’implantation de verreries (immigration des verriers tchèques sous le règne de Stanislas de Pologne).

                -des cantons d’assurance (de fourniture de bois pour le charbon de bois) sont garantis aux maîtres des forges.

Le considérable développement industriel et artisanal encouragé sous le règne de Louis XV, puis Louis XVI ont conduit pendant 200ans à la disparition moyenne annuelle de 10ha de forêt (les usines à feu de l’époque sont très consommatrices de bois).

Les maîtres de forges encouragent le développement du régime du T.S.F. (taillis sous Futaie) plus gros producteur de bois destiné au feu le long des ruisseaux comme La Semouse ou Le Coney.

L’activité forestière est en plein développement à ce moment là : La Manufacture Royale de Bains Les Bains spécialisée dans la fabrication de fer blanc fournissait du travail à 1000 bûcherons, charbonniers et voituriers. Cette situation nous a conduit, vers le fin du XVIIIème siècle à un grave conflit entre les maîtres des forges gros consommateur de bois de feu et les habitants (de plus en plus nombreux à cause de l’accroissement industriel) qui exigeaient la fourniture de bois domestique.

C’est cette pénurie de bois « combustible » et la découverte du « charbon de terre » qui stoppèrent l’expansion industrielle dans la Vôge. Cela permit plus rapidement qu’ailleurs (dès le milieu du XIXème siècle) la reconstitution, l’enrichissement et aujourd’hui le vieillissement de la forêt.

 

LE CLERJUS, DE LA REVOLUTION A 1995

Avant la réunion de Lorraine à la France, les communautés de Xertigny, La Chapelle aux Bois et Le Clerjus formaient ensemble la terre La Loeuf, qui faisait partie du conté de Fontenoy.

A la mort de Stanislas LECZINSKI en 1766, la Lorraine devient Française. Quelques années plus tard un décret royal prescrit la réorganisation du domaine forestier. C’est à l’occasion de la promulgation de ce décret que les 3 communautés citées procèdent au partage des forêts dont elles jouissaient en commun auparavant. L’indivision était source de désagréments liés à la forte demande de bois évoquée plus haut.

Un arrêt du Conseil d’Etat du 5 Janvier 1779 ordonne donc le partage des forêts entre les 3 communes.

Les syndics et autres chefs de communautés sont invités à présenter devant le conseiller du Roy et son procureur en la maîtrise des Eaux et Forêt leurs titre servant à établir leur propriété et droits d’usages sur la Terre La Loeuf. Aucun des édiles présents ne pourra présenter un quelconque titre. Il est donc convenu que le fond sera partagé en 3 parties égales dont une « arrivera » à chaque nouvelle communauté.

Le Clerjus prendra son partage dans la forêt du Chenot en seul massif. La surface et les limites de ce lot ont à peine bougé à ce jour (constructions de routes et de chemins).

La forêt a été entièrement abornée. Il y a en particulier 27 bornes qui séparent les forêts de Le Clerjus et de La Chapelle aux Bois : chacune de ces bornes repose sur du charbon de bois et des débris de tuile en terre, ceci pour marquer de façon indélébile leur emplacement en cas de disparition. On peut observer l’une de ces bornes près du départ de ce parcours, au niveau du parking des voitures.

 

Dans la même année 1779, suite à l’arrêt du Conseil d’Etat, un plan de gestion de la forêt est établi. Il spécifie un traitement en Taillis Sous Futaie afin de subvenir aux nombreuses demandes en bois stipulées ci-dessus. Ce mode de traitement sera appliqué jusqu’en 1880, année à partir de laquelle la gestion se tourne vers une conversation en futaie, c'est-à-dire avec le seul objectif de produire du bois d’œuvre de hêtre. Les plans de gestions, appelés « aménagements forestiers » qui ont suivi (en 1894-1912-1930-1953-1972 et 1995) ont tous maintenus cet objectif avec une notion supplémentaire dans celui en cours : l’accueil du public et le rôle social de la forêt.

Ce mode de gestion qui consistait essentiellement à capitaliser du bois, a conduit les gestionnaires à constater dès 1972 le vieillissement de la forêt avec les dangers qui en découlent : maladies, pourriture de bois, champignons dépérissement etc.…

 

La gestion actuelle, mise en œuvre par l’Office National des Forêts vise donc tout particulièrement à éviter ces « chablis ».